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Garder l’équilibre

April 11, 2016 Corinne Bidallier

Les pointeuses ont fait leur temps. Finis les horaires de bureau immuables, de 9h à 17h ; aujourd’hui nous travaillons depuis n’importe où et n’importe quand. Nous sommes disponibles le week-end pour les clients et nous vérifions nos mails professionnels à tout moment. En contrepartie, nous réservons nos prochaines vacances et nous nous mettons d’accord avec les ouvriers qui refont notre appartement pendant les heures de travail. Nous avons des amis sur LinkedIn, des collègues sur Facebook et nous utilisons le même numéro de téléphone pour les contacts privés et professionnels. Et pour que tout le monde se sente bien dans l’entreprise, des « Feelgood-Managers » (ou « Directeurs du bien-être ») s’assurent que l’ambiance y est agréable.

À l’ère numérique, la distinction entre vie privée et vie professionnelle devient floue. On ne parle plus de « Work-Life-Balance », mais de « Work-Life-Blending », tant les sphères privées et professionnelles se mélangent. Selon une étude de l'Observatoire de l'équilibre des temps et de la parentalité en entreprise (OPE), publiée fin 2015, 59% des employeurs français considèrent l’équilibre vie professionnelle-vie privée comme « très important », soit 12% de plus que lors de l’édition 2014. 95% des entreprises déclarent en conséquence avoir pris des mesures pour favoriser cet équilibre. À l’inverse, cet « équilibre » joue de plus en plus dans le choix de l’employeur par un futur salarié. 

C’est surtout la pénétration des technologies mobiles comme les smartphones, les tablettes et les ordinateurs portables qui rend la frontière entre travail et vie privée de plus en plus perméable. Mais que penser de cette nouvelle donne ? Est-ce que la vie professionnelle s’adapte mieux aux besoins des individus ou courrons-nous le risque de devenir une société d’accros du boulot, de « workaholics », dans laquelle les salariés pourraient participer à des visio-conférences à tout moment, même en vacances, en train de boire une Piña Colada sur la plage ? 

Il est indéniable qu’être disponible en permanence peut être source de stress et de pression accrue. Surtout chez ceux pour qui le travail est la priorité. Les technologies sont un catalyseur : le travail s’immisce dans la vie privée, mais l’inverse n’est pas forcément vrai. En effet, on ne prend pas forcément une pause déjeuner plus longue, ni un rendez-vous chez le coiffeur pendant les heures de bureau. Dans le même temps, les technologies mobiles présentent de nombreux avantages pour les entreprises et augmentent la flexibilité des salariés. Le travail à distance, le système d’horaires de travail fondé sur la confiance (comme le système instauré en Suisse) et la souplesse des dates de congés font gagner du temps, augmentent la productivité et la motivation des salariés.

Mais si la marge de manœuvre est plus grande, la pression et les attentes sont également plus élevées. Dans ce contexte, la mobilité digitale n’est ni une bonne chose, ni une mauvaise. Les technologies restent des outils dont la valeur ajoutée dépend de l’utilisation qui en est faite. Mais il serait trop facile de s’en remettre à l’individu : chacun est libre de faire ce qu’il veut, tant mieux pour ceux qui savent mettre des limites et tant pis pour les autres ! C’est donc vers les employeurs et les responsables du personnel qu’il faut se tourner.

La clé de la réussite, c’est la transparence - notamment sur ce que l’on attend en termes de disponibilité en dehors des horaires de bureau. Comme l’ont montré plusieurs études, les malentendus surviennent souvent lorsqu’il n’y a pas d’accord explicite sur ce point entre un salarié et sa direction. Aussi les directions des ressources humaines et les membres des équipes d’encadrement doivent faire preuve d’ouverture et de souplesse et comprendre que ces nouvelles technologies peuvent être perçues comme invasives par les salariés. Les codes de comportement internes et les formations peuvent être utiles pour déclencher cette prise de conscience chez les dirigeants. On peut également communiquer sur des principes clairs, tels que : « pas de mails après 21h ». 

Seule une gestion très claire des attentes permettra d’éviter que dans ce nouveau contexte, ce soit la vie privée qui tire la courte paille. Après tout, être joignable en permanence est un choix et cela ne signifie pas que l’on sera obligé d’être toujours joignable.  

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