Le sens au travail, une utopie des temps modernes ?
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Le sens au travail, une utopie des temps modernes ?

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Le sens au travail, une utopie des temps modernes ?

December 06, 2017 Emmanuelle Lacroix

Au cours de l’histoire, le travail a longtemps été le marqueur qui différencie l’homme libre de l’esclave : ainsi, dans l’Antiquité, il était réservé aux sous-catégories de la population. Il a fallu attendre le XVIIIème siècle et l’avènement des théories capitalistes modernes pour que le « labor », associé aux facteurs de production nécessaires à la création de richesse, acquière une connotation positive. Au XIXème siècle, les théories de Marx et Hegel en ont fait une activité émancipatrice par laquelle l’homme transforme et aménage le monde. Mais ce n’est que récemment qu’on a associé, dans la même réflexion, les notions de travail et de plaisir, voire de réalisation de soi. Depuis quelques décennies, il est devenu légitime de s’épanouir et mieux, de se définir au travers de son métier. Pour une catégorie de personnes privilégiées, l’activité professionnelle se situe au sommet de la pyramide de Maslow.

Si le travail n’a pas fini de faire parler, c’est qu’il au cœur d’une crise existentielle pour de nombreuses personnes. Ainsi, une étude menée par le cabinet Deloitte et Viadeo dévoile que 56% des salariés estiment que le sens au travail s'est dégradé[1]. Les « bullshit jobs » mis en avant par David Graeber sont le reflet d’une aspiration insatisfaite, celle de se sentir utile. La société aurait-elle, comme l’anthropologue le prétend, produit des métiers vains et oiseux, à cause des progrès technologiques ? Le fait est qu’une part croissante de la population française souffre de bore-out, et que les parcours alternatifs se développent de plus en plus. Ainsi, il n’est plus rare de rencontrer un diplômé de grande école qui a totalement changé de voie. Jean-Laurent Cassely, auteur de La révolte des premiers de la classe, pointe plusieurs explications : essentiellement une volonté de se rapprocher du monde physique et concret, ainsi que l’appauvrissement des tâches des métiers à dominante intellectuelle.

Heureusement, les entreprises et, en première ligne les DRH, ne sont pas absolument sans ressources pour insuffler de la motivation. L’enquête Deloitte pointe quelques leviers d’actions mis en avant par les salariés : apprendre de nouvelles choses, transmettre des compétences, recevoir des preuves reconnaissance, comprendre ses erreurs, aider à résoudre un conflit... Dans ce contexte, les outils de formation et de partage des connaissances représentent une aide précieuse pour que chaque employé puisse prendre la main sur son parcours, gagner en compétences, et trouver du plaisir à son travail. Les managers ont par ailleurs un rôle crucial à jouer : ils doivent bien entendus non seulement prodiguer des retours réguliers, encourager la formation continue, mais aussi être attentifs au bien-être de leurs équipes, quitte à réadapter leur poste au fil du temps. L’hyperspécialisation et la fragmentation des tâches sont ainsi de plus en plus mal vécues. Il faut donc redonner aux individus la conscience de faire partie d’un tout et, s’ils sont en demande de missions concrètes, les rapprocher du client final et du produit fini. Trouver du sens à son activité, c’est avoir conscience que sa voix compte, quel que soit son métier au sein de l’entreprise. Impliquer chacun dans l’innovation – pourquoi pas en favorisant l’intrapreneuriat – est sans doute une voie privilégiée à explorer pour mettre fin au « big company disease ».

Résoudre la crise existentielle du travail n’impliquera pas nécessairement la fin de ces « métiers inutiles » auxquels de nombreux salariés trouvent du sens. En revanche, il paraît nécessaire de repenser les modèles d’entreprise et les méthodes de management. Au XXIème siècle, le sens au travail passera nécessairement par le décloisonnement des tâches et l’encouragement de la prise d’initiative.


[1] http://www.lefigaro.fr/entrepreneur/2017/11/09/09007-20171109ARTFIG00002-le-sens-au-travail-ou-la-quete-du-graal-des-salaries-francais.php

About Emmanuelle Lacroix

Emmanuelle (Em) is the EMEA Partnership Development Manager for the CSOD Foundation. She is working on expanding the reach and impact of the Foundation’s capacity building offers to support the talent management agenda of the Non Profit sector. Prior to joining the... lire la suite

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