Droit à la déconnexion
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Droit à la déconnexion

March 01, 2017 Corinne Bidallier

Le droit à la déconnexion est entré en vigueur le 1er janvier dans le cadre de la loi Travail. Il concerne les entreprises de plus de 50 salariés et a pour objectif d’assurer le respect des temps de repos et de préserver l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. La mesure a déjà fait couler beaucoup d’encre à l’étranger : au Royaume-Uni notamment, le Financial Times de Londres pointe une initiative avisée des autorités françaises tandis que la presse américaine ironisait sur cette propension française à tout réglementer. On peut considérer en effet que le fait d’être constamment connecté relève de l’addiction, et que cette addiction est d’autant plus dommageable qu’elle est collective. Le téléphone mobile n’est pas loin de devenir un prolongement de notre corps, dont on ne saurait se passer sans avoir l’impression d’être amputé. Bon nombre d’individus ont du mal à « décrocher », même en vacances ! Selon une étude du cabinet Eléas, 37% des actifs utilisent chaque jour leurs outils numériques professionnels en dehors du travail. Les échanges constants par mails ou via des réseaux sociaux d’entreprise n’arrangent rien au problème, qui ne trouvera pas de solution sans concertation collective : un salarié peut difficilement choisir de ne pas répondre à ses mails le soir si tous les autres continuent à en envoyer. Cela explique sans doute pourquoi 62% des actifs attendent un encadrement juridique des outils numériques !

La problématique n’est pas nouvelle. De grandes entreprises se sont déjà attaquées au sujet de la déconnexion en instaurant des règles de « bonne conduite ». Ainsi, depuis septembre, Orange demande à ses salariés de ne pas utiliser leur messagerie pendant certaines plages de temps, comme les réunions. Michelin a instauré un contrôle des connexions à distance pour ses cadres autonomes itinérants, tandis que chez Volkswagen, on a choisi de couper les serveurs entre 18h15 et 7h le lendemain.

Si notre arsenal juridique apporte un début de réponse à un vrai problème, il ne doit néanmoins pas être considéré comme LA solution miracle. Dans ses modalités de mise en œuvre, le droit à la déconnexion ne résout pas tout et laisse quelques questions en suspens. Certaines entreprises ont des antennes à l’international : impossible dans ce cas de figure de couper les serveurs. En outre, des salariés scrupuleux – ou stressés – pourraient être tentés de contourner l’interdiction en transférant des mails ou des documents sur leur messagerie personnelle (mettant ainsi en jeu la sécurité des données de l’entreprise). On peut s’interroger sur la nécessité d’une loi dans ce cadre, alors qu’il s’agit plus d’une problématique de culture d’entreprise. Ainsi, la racine du problème ne tient peut-être pas tant aux outils numériques qu’aux habitudes de management. Dans la société malade du temps, Nicole Aubert estime en effet que le mobile autorise l’urgence mais ne la génère pas. Il s’inscrit dans une logique plus globale du « sans délai » et de la dictature du temps réel, dictature qui s’est installée en même temps que s’est opérée dans les entreprises une contagion du mode de fonctionnement des marchés financiers. Le smartphone et l’ordinateur portable ne sont donc pas en eux-mêmes les ennemis du repos et de la vie privée. Certains spécialistes estiment même que le droit à la déconnexion, bien que porteur de bonnes intentions, est infantilisant, et, in fine, risque de générer encore plus de stress au travail. « Le stress, la pression, et les autres maux du monde du travail sont avant tout le fruit des mauvais managers. Des managers faibles, tyranniques, qui mettent une pression énorme... C'est bien eux qui poussent les salariés à consulter leurs mails à minuit, la boule au ventre. Ce qu'on appelle «l'hyperconnexion» vient d'eux, avant de venir des machines. », déclare Jean-Noël Chaintreuil (spécialiste RH).

Le droit à la déconnexion ne sera donc utile que s’il s’inscrit dans un dispositif plus global de respect du temps de repos des salariés. À l’heure de l’hyperconnexion généralisée, c’est une initiative qui a du sens, mais qui doit être soutenue par le management et la direction pour s’intégrer, progressivement, dans les cultures d’entreprise. 

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